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La transparence des salaires : concrètement, quelles implications pour les RH ?

Rédigé par Diane Prevosteau | 27 mars 2026 15:37:14

La transparence salariale s’impose aujourd’hui comme un sujet prioritaire pour les entreprises. Longtemps gérées de manière implicite, les politiques de rémunération doivent désormais être justifiées, structurées et explicables.

Le calendrier s’accélère. Le gouvernement a engagé un cycle de dialogue social pour transposer la directive européenne (UE) 2023/970, avec une échéance fixée au 7 juin 2026 et une entrée en vigueur prévue en janvier 2027. Concrètement, les entreprises doivent se préparer dès maintenant.

Par où commencer ? Faut-il revoir sa politique salariale ? Quels risques en cas d’écarts non justifiés ? Voici ce que la directive change concrètement pour les RH.

Directive transparence salariale : ce que dit la loi (et ce que ça implique)

L’objectif : rendre l’égalité de rémunération réellement applicable

Adoptée le 10 mai 2023, la directive (UE) 2023/970 vise à renforcer l’application du principe d’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur.

Ce principe existe déjà dans le droit français. Mais dans les faits, il reste difficile à contrôler et à faire respecter.

La directive change d’approche : elle ne repose plus uniquement sur une obligation de principe, mais sur des mécanismes concrets de transparence et de preuve. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de garantir l’égalité salariale. Il faut désormais être en mesure de la démontrer.

Les 5 obligations clés à retenir

La directive introduit plusieurs obligations structurantes pour les employeurs. Elles couvrent à la fois le processus de recrutement, la relation de travail et le pilotage global des rémunérations.

Concrètement, les entreprises devront :

  1. Afficher une rémunération ou une fourchette de salaire avant le premier entretien, dès la publication de l’offre ou au plus tard en amont du parcours de recrutement ;
  2. Ne plus demander l’historique salarial des candidats, afin d’éviter la reproduction d’éventuels écarts passés ;
  3. Rendre accessibles les critères de rémunération et de progression, qui doivent être objectifs, non sexistes et compréhensibles ;
  4. Répondre aux demandes d’information des salariés, notamment sur leur rémunération et les niveaux moyens par catégorie et par sexe, dans un délai maximum de deux mois ;
  5. Produire des reportings sur les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, selon la taille de l’entreprise, et engager des actions correctrices en cas d’écarts injustifiés

Ces obligations marquent un changement important : la transparence ne concerne plus uniquement des indicateurs globaux, mais aussi l’accès à l’information individuelle et la capacité à expliquer les décisions.

Que devra contenir le reporting des écarts de rémunération ?

La directive impose un reporting détaillé permettant d’analyser finement les écarts de rémunération. Les entreprises devront notamment publier :

  • l’écart moyen de rémunération entre les femmes et les hommes ;
  • l’écart médian ;
  • les écarts liés aux composantes variables (primes, bonus, avantages) ;
  • la proportion de femmes et d’hommes dans chaque quartile de rémunération ;
  • les écarts de rémunération par catégorie de travailleurs effectuant un travail de même valeur.

Ces données devront couvrir l’ensemble des éléments de rémunération et être suffisamment précises pour permettre d’identifier les écarts injustifiés.

Calendrier de la transparence salariale : à quelle échéance faut-il être prêt ?

La directive doit être transposée dans le droit national au plus tard le 7 juin 2026. En France, un projet de loi a été transmis aux partenaires sociaux en mars 2026, et son entrée en vigueur est prévue courant janvier 2027.

Les obligations ne s’appliqueront pas toutes au même rythme :

  • les règles liées à la transparence (notamment en recrutement et en accès à l’information) concerneront rapidement l’ensemble des entreprises ;
  • les obligations de reporting dépendront de la taille de l’entreprise, avec des échéances progressives au cours de l’année 2027 pour les structures de 150 salariés et plus, puis élargies aux entreprises de 100 salariés et plus.

Même si certaines échéances semblent encore éloignées, les chantiers à mener sont structurants. Ils nécessitent à minima six à douze mois de travail, notamment pour cartographier les rémunérations et aligner les pratiques.

À retenir

  • Les obligations couvrent tout le cycle RH : recrutement, gestion des rémunérations et reporting
  • Les entreprises doivent être capables d’expliquer leurs décisions salariales, et non plus seulement de les appliquer
  • Le calendrier peut sembler progressif, mais les travaux préparatoires doivent commencer dès maintenant
 

Transparence des salaires : ce qui change concrètement pour les RH et les salariés

Au recrutement : des pratiques à revoir de bout en bout

La première transformation se joue dès la publication des offres. Les entreprises ne peuvent plus avancer avec des mentions floues ou des marges de négociation implicites. La politique de rémunération devient un élément structurant du processus de recrutement.

Concrètement, cela implique de :

  • revoir les annonces pour intégrer des fourchettes cohérentes avec les pratiques internes ;
  • aligner les équipes RH et les managers sur un même niveau d’information ;
  • encadrer davantage les marges de négociation pour éviter les écarts injustifiés entre candidats.

Ce changement oblige à s’assurer que ce qui est proposé à l’extérieur reflète réellement les pratiques internes.

 

“La transparence des salaires sera une aubaine pour ceux qui auront adapté leur expérience candidat en conséquence.”

Virgile Raingeard, CEO Figures

Dans la relation de travail : des attentes plus fortes côté salariés

Une fois en poste, les salariés disposent désormais de leviers supplémentaires pour comprendre et questionner leur rémunération.

Ils peuvent notamment demander :

  • des informations sur leur propre niveau de rémunération ;
  • des éléments de comparaison avec d’autres postes équivalents, en distinguant les données par sexe.

Ce droit à l’information modifie la dynamique interne. Les écarts qui pouvaient passer inaperçus deviennent visibles. Les décisions salariales doivent donc être cohérentes, mais aussi compréhensibles et structurées.

Le changement le plus structurant : devoir justifier chaque écart

Le point de bascule est ici. Le renversement de la charge de la preuve impose déjà de pouvoir justifier chaque écart. Mais la directive va plus loin dans certains cas.

Si le reporting révèle un écart de rémunération d’au moins 5 % entre les femmes et les hommes pour un même type de poste, l’employeur doit l’analyser et, si possible, le corriger.

Si cet écart n’est ni justifié par des critères objectifs ni corrigé dans un délai de six mois, l’entreprise doit alors lancer une évaluation conjointe avec les représentants du personnel.

Concrètement, il ne s’agit plus seulement de se défendre en cas de litige, mais de mener un audit formalisé pour :

  • analyser les causes des écarts ;
  • identifier les biais éventuels ;
  • définir un plan d’action suivi dans le temps.

L’ensemble doit être formalisé et présenté en cas de contrôle.

Sanctions et risques financiers en cas de non-conformité

La directive impose aux États membres de garantir un droit à réparation intégrale pour tout salarié victime d’une inégalité de rémunération. Cette réparation peut prendre la forme :

  • d’un rattrapage de salaires et de primes,
  • d’intérêts de retard,
  • d’indemnisation du préjudice moral ou de carrière.

Les salariés ou leurs représentants peuvent saisir les juridictions compétentes, y compris lorsque les obligations de transparence ne sont pas respectées. Avec le renversement de la charge de la preuve, le risque de condamnation augmente mécaniquement si les écarts ne sont pas documentés et justifiés.

La directive prévoit également la mise en place de sanctions administratives “effectives, proportionnées et dissuasives” (par exemple des amendes) en cas de manquement aux obligations de transparence et de reporting.

En France, les premiers projets de texte évoquent des amendes pouvant aller jusqu’à 1 % de la masse salariale en cas de défaut de déclaration. Les modalités définitives concernant le barème, les autorités de contrôle et les éventuelles exclusions de marchés publics restent toutefois à préciser dans la loi de transposition et les décrets d’application à venir.

Et dans les autres pays européens ?

La transparence salariale s’est déjà imposée à l’échelle européenne : fin 2024, près de 70 % des offres d’emploi au Royaume-Uni affichaient un salaire, contre un peu plus de 50 % en France et moins de 20 % en Allemagne (Source : données Hiring Lab/Indeed, 2025).

Plusieurs autres pays ont également pris de l’avance. L’Irlande impose aux entreprises d’une certaine taille de publier chaque année leurs écarts de rémunération entre les femmes et les hommes (Source : Gender Pay Gap Information Act 2021). L’Islande va plus loin encore, avec une certification obligatoire d’égalité salariale pour les organisations de plus de 25 salariés depuis 2018.

 

À retenir

  • La directive impose de rendre visible et démontrable l’égalité salariale
  • Le seuil de 5 % ne constitue pas une tolérance légale : tout écart non justifié, même inférieur, reste contestable au titre du principe “à travail égal, salaire égal”.
  • Au‑delà de 5 %, la directive impose à l’employeur de justifier ou corriger l’écart dans un délai de six mois, faute de quoi une évaluation conjointe devra être menée avec les représentants des salariés.
  • La transparence salariale impacte directement le recrutement, la gestion RH et le climat social
  • Le risque n’est pas seulement juridique : une politique salariale floue peut créer des tensions internes rapides

 

 

Transparence salariale : par où commencer ?

Passer à l’action ne consiste pas à “ajouter de la transparence” à l’existant. Voici les quatre chantiers à lancer en priorité.

Chantier 1 : cartographier les emplois et les rémunérations

Avant toute chose, il faut disposer d’une vision claire de l’existant. Cela passe par :

  • l’identification des postes et des niveaux associés ;
  • le recensement des différentes composantes de rémunération (fixe, variable, avantages) ;
  • la mise en évidence des écarts entre postes comparables,
  • le benchmark des rémunérations par rapport au marché du travail.

L’objectif n’est pas seulement d’avoir une photographie des salaires, mais de repérer les incohérences et les écarts non justifiés.

Le vrai sujet est aussi celui de la donnée. Dans de nombreuses entreprises, les informations sont dispersées (SIRH, paie, ATS, Excel) et peu harmonisées. Sans une vision consolidée, impossible de produire un reporting fiable ou de justifier les écarts.

La mise en conformité passe donc par un travail de fond :

  • harmoniser les référentiels,
  • fiabiliser les données,
  • et aligner les systèmes.

C’est aussi ce qui renforce le rôle des outils capables de centraliser les données RH et de tracer les décisions.

 
Pour éviter les écarts difficiles à justifier, vos pratiques doivent être alignées, structurées et traçables. Avec Tellent, vous centralisez vos candidatures, alignez vos décisions avec vos grilles de rémunération et gardez une trace des échanges entre RH et managers.

Chantier 2 : formaliser des critères de rémunération objectifs

Une politique salariale ne peut plus reposer sur des appréciations implicites. Elle doit s’appuyer sur des critères clairs, partagés et applicables à tous.

Quatre grandes dimensions sont à prendre en compte :

  • les compétences requises pour le poste ;
  • les efforts demandés ;
  • les responsabilités exercées ;
  • les conditions de travail.

Ces critères doivent être définis, documentés et surtout utilisables au quotidien, notamment lors des décisions d’embauche, d’augmentation ou de promotion.

Chantier 3 : sécuriser les processus RH les plus exposés

Certaines décisions ont un impact direct sur les écarts de rémunération. Elles doivent être encadrées en priorité. Cela concerne notamment :

  • les propositions salariales à l’embauche ;
  • les augmentations individuelles ;
  • les promotions et mobilités internes ;
  • les évaluations de performance.

Pour chaque étape, il faudra veiller à bien définir des règles communes et limiter les décisions isolées. L’objectif est de garantir une cohérence globale, même lorsque plusieurs managers interviennent.

Chantier 4 : structurer la documentation et la gouvernance

Dernier point, souvent sous-estimé : la capacité à tracer les décisions.

Concrètement, cela implique de :

  • formaliser les processus et les règles internes ;
  • conserver une trace des décisions prises et de leurs justifications ;
  • définir qui fait quoi entre RH, managers, direction et éventuellement juridique ;
  • organiser la gestion des demandes d’information des salariés.

Ce travail permet non seulement de sécuriser l’entreprise, mais aussi de fluidifier les échanges internes en s’appuyant sur des éléments concrets plutôt que sur des interprétations.

Un exemple concret : comment Tellent se prépare à la transparence salariale ?


Chez Tellent, les équipes RH ont lancé un benchmark complet des salaires pour comparer les niveaux internes au marché et identifier les écarts, notamment entre femmes et hommes.

Ce travail s’inscrit dans une démarche continue : suivre les rémunérations dans le temps, objectiver les décisions et maintenir des données à jour pour éviter les écarts injustifiés.

En parallèle, les managers sont préparés à devoir expliquer les écarts et les arbitrages. L’objectif est simple : être en mesure de répondre concrètement aux salariés dès l’entrée en vigueur de la directive.

À retenir

  • La mise en conformité repose d’abord sur une meilleure structuration de l’existant, et non sur un changement radical du modèle
  • Sans critères clairs, il est impossible de justifier les écarts de rémunération
  • Les processus RH doivent être alignés et cohérents pour éviter les décisions isolées
  • La documentation devient un levier clé : ce qui n’est pas formalisé est compliqué à défendre
 


Conclusion

La transparence salariale ne se résume pas à publier des fourchettes de salaire ou à répondre à une nouvelle obligation. Elle oblige surtout les entreprises à mettre de l’ordre dans un sujet longtemps géré de manière implicite.

Le vrai point de départ n’est donc pas la communication, mais la structuration. Plus une politique salariale est claire en interne, plus elle devient facile à expliquer à l’extérieur. Les entreprises qui s’y attellent dès maintenant ne se contenteront pas d’anticiper la loi : elles prendront sans aucun doute une longueur d’avance sur leur marché.

 

“Ce n’est pas la loi qui va pousser les premiers à le faire, ce sont les concurrents. Une fois que les premiers commencent à publier des fourchettes de salaire, ça crée un gain de marque employeur énorme et met une pression immédiate sur les autres.”

Virgile Raingeard, CEO Figures